
Il n’y a rien de doux dans Something Soft, le dernier album de M(h)aol. Et pourtant, on peut s’y réfugier comme dans une couverture protectrice, avec en plus le sentiment d’être en bonne compagnie.
Le son abrasif n’est pas là pour faire joli : Mhaol continue d’intégrer ses combats et luttes intersectionnelles dans sa musique. Something Soft grince, sature, cogne, et fournit un gommage bien décapant pour les oreilles. Et un bon gommage de temps en temps, ça remet certaines choses en place.
Dès l’ouverture, la tension installée par « Pursuit » reflète les craintes quotidiennes des femmes qui rentrent seules chez elles, sentant une présence inconnue derrière elle. Le rythme cardiaque qui s’accélère, la raideur de l’angoisse, ce poids constant d’avoir à penser à tout, jusqu’aux chaussures qu’on met, au cas où on doive fuir.
La chanson s’inscrit dans la lignée de « Asking for it », sortie en 2023, dont la vidéo rappelait sans détours la menace sourde des violences sexuelles, et les réactions indignes qui peuvent s’abattre sur les victimes. On peut parler des messages agressifs ou insultants envoyés par les fonds de chiotte de l’humanité, qui ont en plus des justifications moisies quand on les confronte, évoquées dans la chanson « DM:AM ».
Le groupe irlandais propose aussi de se recueillir pour aborder le manque de nos animaux de compagnie défunts (« I Miss My Dog »), ou de se poser quelques questions existentielles sur nos vies numériques (« You Are Temporary, But The Internet Is Forever »).
On peut aussi passer outre les messages et simplement ressentir la charge puissante de ces sons distordus, de ces rythmes sur le front de l’attaque, de ces couches de bruits et de voix plurielles qui brûlent, soutiennent et régénèrent en même temps. Un peu comme ces amis précieux qui savent nous faire entendre des vérités inconfortables, mais qui enrichissent nos perspectives.