
Entre foisonnement instrumental et influences transnationales, Charif Megarbane propose une exploration musicale aux mille saveurs dans son album Hawalat.
Certains artistes forcent l’admiration par leur dévouement artistique total. Charif Megarbane en fait partie. Artisan prolifique et solitaire, il a composé, enregistré, et auto-produit une centaine d’albums sur lesquels il joue de tous les instruments.
La plupart ne sont pas sortis du Liban, mais on peut en retrouver un partie sur la page Bandcamp de son label Hisstology. Une oeuvre protéiforme diffusée sous plusieurs noms, témoignant d’une grande diversité d’approches artistiques. Sous l’alias du Cosmic Analog Ensemble, certaines productions ont fini par dépasser les frontières de son pays d’origine.
Ceux qui l’ont vu en concert à cette époque, seul avec son batteur, en gardent un souvenir ému. Megarbane exsude la musique par tous les pores : un groove naturel inoubliable, des improvisations qui élèvent jusqu’aux sommets du plaisir auditif… bref, une aura impressionnante, le plus souvent dans des salles accueillant moins d’une centaine de privilégiés.
Charif Megarbane a ensuite passé un nouveau cap en signant sur le label Habibi Funk, spécialistes de rééditions d’artistes du Moyen-Orient. Après Marzipan en 2023, il publie en 2025 Hawalat, terme qui désigne un système informel d’échange d’argent, répandu en Afrique et autour de la Méditerranée.
Tout est fabuleux dans ces instrumentaux qui assemblent des influences venues du monde entier. C’est de la joaillerie musicale de très haut niveau : la partition se déroule avec une apparente simplicité, qui embarque tout le monde dans un voyage sonore aux paysages luxuriants.
Charif Megarbane se hisse au niveau des grands compositeurs de musique de film : il insuffle une vision de l’existence dans ses morceaux. Une pulsation cosmopolite et vivante, qui nourrit un imaginaire sans limites.
C’est la bande originale de vies rêvées, de moments triviaux, d’élans de légèreté et d’envies d’ailleurs. Et c’est merveilleux.