
La lenteur est une forme de raffinement. Ceux qui en doutent peuvent écouter Hilary Woods et son dernier album Night CRIU.
En règle générale, on manque de temps. On a de grands projets, mais il faut d’abord aller au boulot et faire la vaisselle. On voudrait bien lire tout Proust, mais les petits doivent prendre leur bain.
Puis on voudrait d’abord prendre cinq minutes pour se détendre en laissant défiler notre réseau social préféré. Finalement, on y a passé une heure, tant pis, on fera les choses importantes demain.
Et demain arrive , et on n’a pas le temps non plus. Trop de choses à voir, trop de choses à faire, trop de distractions, trop d’options. Un catalogue abondant de possibles, donc des décisions impossibles.
Faut dire que c’est difficile de reposer son cerveau quand on a une usine à dopamine au creux de la main en permanence. Déconnecter devient un luxe. Prendre son temps, une forme de raffinement suprême.
Même en musique, on dit que pour faire un tube, il faut qu’il se passe quelque chose toutes les sept secondes, dans des chansons de trois minutes. Heureusement, Hilary Woods s’en fout de faire des tubes.
Dans toute son oeuvre, elle préfère installer des ambiances. Des atmosphères qui perdurent après l’écoute. Qu’elles soient purement instrumentales, ou enrichies de sa voix éthérée comme dans son dernier album, Night CRIU.
Un disque qu’on apprécie en coupant toutes les notifications, en éteignant tous les écrans. Seul chez soi, toutes fenêtres fermées, un verre à la main. En augmentant le volume, pour se laisser envelopper par l’étrange chaleur de ces nappes instrumentales pleines et profondes.
On peut enfin se laisser aller. Sentir un calme mélancolique envahir l’esprit. Eventuellement verser une larme, avant de reprendre la main sur ses pensées. Petit à petit.
Hilary Woods offre une pause en dehors des horloges à ceux qui sauront s’accorder ce privilège. Ce qu’ils en feront, c’est une affaire de sensibilité.
Mais quand on est capable d’embrasser la lenteur, de regarder directement en soi, d’accepter ses états d’âme et ses sentiments complexes, alors on peut reprendre le contrôle : le temps n’est pas linéaire, toute durée est subjective.