
Le mélange des genres musicaux est-il une aberration batarde, ou bien une source de sensations inédites ? Chacun se fera son avis en écoutant A Cor Mais Proxima Do Cinza, du groupe brésilien Naimaculada.
Les guitares saturées peuvent-elles se marier à la délicatesse de la musique brésilienne ?
Les expérimentations dissonantes peuvent-elles coexister avec la douceur de mélodies ensoleillées ?
Les improvisations libres d’un saxophone peuvent-elles s’harmoniser avec des rythmes lourds et menaçants ?
Les hurlements saisissants peuvent-ils succéder aux sérénades séduisantes ?
L’habit du moine peut-il vendre la peau de l’ours ?
Dans son premier album, Naimaculada répond à (presque) toutes ces questions. Le groupe brésilien tente sa chance dans le brassage des saveurs, pour rendre compte de l’ambiance plurielle qui peut régner à Sao Paulo.
Ce qu’on entend rassemble tellement d’éléments hétérogènes qu’il faut un temps pour se situer, retrouver des repères et se raccrocher à des éléments familiers. Finalement, on est en terrain connu quand on prend chaque élément un par un. C’est l’ensemble qui forme une configuration inédite.
La combinaison ouvre des portes inouïes et dessine une mosaïque singulière : l’imbrication chaotique des morceaux dessine un motif bizarrement cohérent quand on prend un peu de hauteur.
A quoi ça tient ? Chez Naimaculada, l’édifice tourne autour de la voix très versatile du chanteur. Il passe de la souplesse solaire aux hurlements primaires en quelques mesures, et vient remuer les tripes comme une gnôle artisanale.
Il faut l’entendre s’époumoner à la fin de « Epitome », c’est le frisson garanti. La barrière de la langue empêche de se prononcer sur ce qu’il raconte, mais ça a l’air intense (si ça se trouve je vais apprendre que c’est du niveau de Patrick Sébastien, et j’arrêterai de chroniquer des disques en portugais) .
Bref. A Cor Mais Proxima Do Cinza montre qu’il reste des gens qui tentent des trucs illisibles pour les algorithmes, et c’est une bonne nouvelle. Pas besoin de classifier quand on a envie de se laisser surprendre.